Histoire de la Collégiale

La Collégiale :
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A l’origine Imbert de Bastarnay seigneur de Montrésor et de bridoré avait envisagé de faire construire, pour lui et sa famille, une Collégiale à Bridoré. On ne sait pas pourquoi, il changea d’avis vers 1520 et décida de la faire édifier à Montrésor. Dès 1522, la Collégiale est dédiée à St Jean Baptiste ; cependant celle-ci ne sera consacrée que le 10 décembre 1532 et les décors du portail achevés qu’en 1541. Il est prévu dans l’acte de fondation que la Collégiale soit desservie par 8 chanoines et quatre semi-prébendés disposant chacun près de la Collégiale d’une petite maison avec jardin. Le nombre de chanoines fut diminué en raison des faibles revenus de la Collégiale, au XVII siècle, ils n’étaient plus que quatre.
Vers 1550, le fils d’Imbert, René de Bastarnay, fera édifier au sud de la Collégiale une chapelle dédiée à Notre Dame de Lorette (sacristie). 

La collégiale forme une croix de Lorraine, à laquelle s’adossera au midi Notre Dame de Lorette. Long de 34m, large de 8m70, l’édifice est composé de cinq travées voûtées d’ogive avec des liernes interrompues à mi-distance et terminées de clés. Les deux chapelles de part et d’autre du chœur ont des voûtes à caisson et sont reliées aux bras du transept par deux couloirs voûtés en berceau. Sur les dix huit fenêtres initialement prévues seulement sept baies sont encore ouvertes, certaines n’ayant probablement jamais été ouvertes et d’autre murés. 

La façade ouest présente deux portes à cintre surbaissé, encadrées de colonnes ornées de fines arabesques. Ces baies sont surmontées de niches à coquille abritant cinq statues malheureusement décapitées lors de la Révolution, on peut néanmoins reconnaître de gauche à droite : St Jean-Baptiste patron de l’église, saint Marc saint Jean, saint Luc et saint Matthieu ; de part et d’autre de cette galerie, la scène de l’Annonciation avec la Vierge et l’ange Gabriel, au-dessous de cette scène, de part et d’autre toujours, une femme et un homme décapités, peut-être les représentations d’Imbert de Batarnay et de Georgette de Montchenu. Quatre bas-reliefs figurent sur cette façade des épisodes de la vie de Jésus : en haut à hauteur de la verrière, le Christ devant le grand-prètre Caïphe et le Christ devant Ponce-Pilate ; plus bas le jardin des oliviers et le portement de croix.
A mi-hauteur sur la façade un bandeau représente les quatre grands prophètes : Isaïe, Jérémie, Ezéchiel et Daniel. Le bandeau supérieur lui enserre la Collégiale  de ses multiples personnages sculptés à mi-corps, dans un ressaut, les armoiries des Batarnay bûchées lors de la Révolution. On note dans cet ensemble Renaissance les contreforts surmontés de pinacles qui montrent encore des influences gothiques.
Au-dessus de l’entrée latérale sud, on peut voir dans des médaillons d’élégants bas-reliefs symbolisant des scènes de la vie de Jésus : l’Annonciation, la Nativité, l’Adoration des mages… On remarque sur le front de l’arc les instruments de la passion du Christ. Plus haut trois niches vides surmontées d’anges.
 
 L’intérieur de l’église présente aussi beaucoup d’intérêt. Dans la nef, le tombeau des Batarnay qui a été, comme en témoigne une inscription, restauré en 1875 par la comtesse Xavier Branicka et placé dans cette entrée. Il était autrefois dans le chœur mais avait été démoli en 1793.
 
Le soubassement carré du tombeau abrite des niches dans lesquelles on trouve les apôtres, mais aussi, près des angles, les quatre évangélistes et leurs attributs : saint Matthieu et l’ange, saint Jean et l’aigle, saint Luc et le bœuf, saint Marc et le lion. Les trois gisants sont encadrés par quatre anges agenouillés qui portent les armes des défunts. Au premier plan, le gisant en marbre blanc d’Imbert de Batarnay avec les traits tirés de l’homme âgé ; on remarque son collier fait de coquilles d’où pend une médaille de St Michel symbolisant son appartenance à l’ordre de St Michel créé en 1470 par Louis XI. A côté de lui, son épouse Georgette de Montchenu, et au fond leur fils François mort jeune en 1513.
Au dessus du tombeau la fenêtre du pignon ouverte en 1876 avec un très beau vitrail Renaissance, autrefois dans le chœur, celui-ci fut restauré et installé là par la comtesse Branicka. Ce vitrail représente saint Pierre, saint Jean l’Evangéliste et saint Jean-Baptiste.
On peut admirer de chaque côté de la nef quatre grands tableaux de l’école italienne du XVI siècle : Jésus devant Pilate, La Flagellation, La Descente de Croix, La Résurrection. Ces œuvres proviennent de la collection du cardinal Fesch, oncle de napoléon Ier, et ont été offertes à la Collégiale par le comte Xavier Branicki au XIX siècle.
Le vaste chœur, de deux travées prolongées de l’abside à cinq pans, était occupé autrefois durant l’office par les chanoines. Leurs stalles du XVI siècle, ornées de médaillons à têtes d’hommes, y sont toujours visibles. Le vitrail central du XVI siècle évoque la Passion et la Crucifixion ; il est encadré de deux verrières du XIX siècle. Le vitrail le plus intéressant se situe dans la sacristie : il est du XV siècle et proviendrait, comme on l’a vu, de l’ancienne chapelle du château.
 La toile dans la chapelle nord attenante au chœur est une magnifique Annonciation du XVII siècle que l’on peut attribuer à Philippe de Champaigne.
Le bras sud du transept abrite l’autel de St Roch et la statue du saint reconnaissable avec son chien, malheureusement ici, décapité. Cette statue était, il y a encore quelques années, dans une niche d’une chapelle désaffectée de la rue Branicki. On remarque aussi en haut et à gauche du saint, l’inscription qui rappelle que la foudre est tombée sur le clocher en 1660.

La Collégiale de Montrésor fait partie des chefs-d’œuvre français de la première Renaissance. Elle était inscrite dès 1840 dans la première liste des monuments historiques classés. Elle est en mauvais état à cette époque, la commune n’ayant pas d’argent pour l’entretenir. Néanmoins, en 1845, des travaux sur la toiture sont entrepris, puis on revoit quelques sculptures, mais la situation paraît toujours inquiétante comme en témoigne la lettre du 16 août 1853 du maire Chauveau au sous-préfet :

« Il n’est pas possible d’attendre plus longtemps, sauf à s’exposer à des réparations d’une très grande importance. La couverture, surtout celle du clocher, est dans un très mauvais état quelques voûtes sont aussi en mauvais état, tellement que lorsque M. le Curé en partant […] pour la procession, une pierre de la voûte, que l’on sonnait, est venue tomber sur la tête de M. le Curé, sans qu’heureusement elle lui est fait beaucoup de mal »
Le gros des travaux de couverture furent entrepris en 1868 grâce à une aide de 11000F du ministre des beaux-arts de la maison de l’Empereur. Pour ventiler les combles, quatre lucarnes en bois furent ajoutées par l’architecte des monuments historiques. Pour la reconstruction du clocher et la restauration des voûtes il faudra attendre un don en 1875 du comte Branicki. On peut toujours voir au château la maquette de ce clocher réalisé sous la direction de l’architecte du comte, François Roguet. Le portail ouest sera restauré en 1917 et on déposera à l’intérieur le trumeau toujours visible.

 
F. GAULTIER