Histoire de la Halle des Cardeux

La Halle des Cardeux

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La Halle des cardeux[1] est un bel édifice de la fin du XVIIe siècle inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques en 1926 qui reste aujourd’hui pour le monthésorois le témoin d’une vie économique et commerciale disparue.

 
La construction de la Halle 

La première mention connue faisant référence à la construction de la Halle de Montrésor se trouve dans le registre des actes capitulaires de l’Abbaye voisine de Villeloin, du 18 juillet 1699[2]:

Monseigneur le Duc de Beauvilliers et Comte de Montrézor desireroit faire construire et ediffier une halle et greniers dessus audit Montrézor pour le bien public, ce qu’il ne povoit faire commodement sans ruiner certains ballets et cavez situez audit Montrézor appartenants auxdits religieux ce qui leur apporteroit un notable préjudice.

C’est donc selon cet acte M. Paul de Beauvilliers duc de St Aignan et comte  de Montrésor depuis le 18 septembre 1697 qui décide de faire édifier à l’emplacement d’un bâtiment de l’abbaye de Villeloin une halle pour la ville et ses marchands.

Le bâtiment probablement édifié durant l’année 1700, repose au sud sur un mur. Ce mur est percé de 6 grandes fenêtres actuellement fermées par des volés de bois. L’observation de ce mur permet de supposer qu’il est antérieur à la construction de la Halle. Il s’agit probablement d’une portion du bâtiment des moines évoqué dans l’acte capitulaire de 1699. L’angle sud est du bâtiment semble avoir été  repris, tandis que dans escalier on trouve des pierres réemployées. En effet, on  remarque des pierres d’angle avec feuillure. Il faut noter sur le mur nord de l’escalier une inscription, la date de 1710.

Cet escalier en pierre à l’angle sud-est du bâtiment permet d’accéder au grenier qui abrite à l’origine sous un toit à la mansart une série de 14 pièces desservies par un couloir central.

Au nord, les 8 poutres qui soutiennent les greniers reposent sur des piliers de bois octogones, chaque poutre reposant sur deux piliers ; le tout forme un bâtiment rectangulaire long de 25,35 m soit 78 pieds ou 13 toises et large de 9,08m ou 28 pieds.

 

La Halle au XVIIIe siècle :

La famille de Beauvilliers propriétaire de la Halle va rapidement affermer l’édifice. Par chance, les archives du château de Montrésor ont conservé une grande partie de ces baux dont voici la liste :[3]

¨      Deux baux datés du « sixième jour d’aoust mil sept cent un » sont conservés, ils afferment à vie le premier ban de la halle à plusieurs personnes : pour moitié à Pierre Bergeat pour 100 sols par an et l’autre moitié à François Girouard, François Callon et Marguerite Portrier pour 6 livres par an.

¨      Le 12 décembre 1702, la part de Pierre Bergeat est affermé pour 3 ans à François Ballon jardinier et Pierre Minot boucher moyennant 100 sols par an.

¨      Le 8 février 1704, la halle est affermée pour 9 ans à Pierre Péan marchand et Marie Rénouét sa femme pour 150 livres «assavoir les droits de billettes péage plassage drois de mesure et aunages deus et accouthumée d’estre levées au dedans de la terre et seigneurie de ce comté et nottament es foires et marches qui ce tiennent en ce lieu beaulmont biard et assemblée de Mersains[4] »

¨      Le 3 mars 1713, affermée pour six années à Pierre Péan pour 170 livres annuels.

¨      En 1719, affermée pour 9 ans à Mathieu Jourdin fouillon demeurant au moulin à foulon du Gravier paroisse de Chemillé pour la somme de 190 livres.

¨      Le 26 janvier 1720, affermée pour 9 ans commencé à la St jean baptiste dernier à Mathieu Jourdin et Marie Girouar.

¨      Le 27 janvier 1734, affermée pour 9 ans à Gilles Lecotté maître drapier et à Anne Personne sa femme pour 200 livres. Le bail pour le ramassage des fumiers appartient à Mathieu Jourdin.

¨      Le 29 août 1742,  affermée pour 9 ans à prendre à la St Jean Baptiste à Maurice Bourdin boulanger fermier du four banal et Gilles Lecotté maître drapier et Anne Personne sa femme pour 200 livres.

¨      Le 30 décembre 1749, affermée pour 9 ans à la St Jean Baptiste à Pierre Samain maçon et à Marie Bessin sa femme pour 230 livres. 

Dans ce bail de 1749 apparaît pour la première fois la présence d’une balance royale : «  s’oblige aussy ledit sieur bailleur de fournyr  ou faire fournyr audit(…) preneures un balancyer et pois royal aux dépends de Mondit seigneur pour pezer par iceux preneurs toutes les marchandises  de fil chanvre laine cirre et autres marchandises».

Plus de détails, sur cette balance nous sont fournis par un état du mobilier de la halle ; dressé le 16 novembre  1751, celui-ci donne un descriptif du matériel associé au fonctionnement de la halle :

« C’est a scavoir cinquante sept toise daisse pour servir de banc à raison de six sols la toise revenant à dix sept lyvres deux sols 17 l 2 s

Plus le nombre de trante deux treteaux et dix mauvais gallais à mettre bled, lesd pts gallais à raison de dix sols pieces et les treteaux à trois sols aussy pieces revenant à dix lyvres seize sols compris les cercles qui luy onts estés donné par lecotté précedent fermier10l 16s

Plus le nombre de vingt huit ratteau pour vingt quatre qui luy onts etés aussy remis à raison de dix sols pièces revenant douze lyvres 12l

Plus un nombres de perches et picquets pour la somme de trois lyvres 3l

(…) aussy qu’il luy à pareillement été fourny par mondit sieur michel audit nom un flau autrement balancier de (…)garny de quatre poids de chacun cinquante lyvres deux autres poids de chacun vingt cinq lyvres, deux autres poids de chacun douze livres, plus un pois de six lyvres un autres poids de quatre lyvres, un autre poids de deux lyvres  un pois d’une lyvres lequel balansier en poids sy dessus au nombre de douze onts couté rendu fondues la somme de soixante quatorze treise sols six deniers

plus une poids de balance de cuivre avec une « pille » le tout coutant la somme de douze lyvres

plus un boisseau selevant de sept qui sera marqué d’emarc de monseigneur (…) luy ayant eté remis par l’ancien fermier une ausnes estalonnée et marquée qui coute la somme de (…) lequel marc luy a été remis par le  (…)

plus les deux tambourgs et bacguettre dont l’un est bon et l’autre mauvais avec les bacguettes desdits tambourgs

tous lesquels ustansils sy dessus ledit samin promet et s’oblige de remettre à la fyn des annés de son bail. »

Cette balance fut probablement installée dans un nouveau bâtiment accolé à l’escalier, en effet celui-ci est désigné au XIXe siècle comme le bureau des poids et mesures. Ce bâtiment a été démoli en 2004. Pour la seconde moitié du XVIIIe siècle, la halle est affermée aux personnes suivantes :

¨      Le 15 juin 1759, la halle est affermée pour 9 ans à Pierre Samain l’aîné et sa femme Marie Beslin ainsi qu’à Pierre Samain le jeune et sa femme Anne Dumée pour 230 livres.

¨      Le 18 juin 1768, elle est affermée pour 9 ans au sieur Simon Gaultier marchand tanneur et fermier des cens et rente au comté de Montrésor et sa femme Jeanne Salmon ; Pierre Samain père et fils jouissent du droit de ramassage des fumiers et terriers. [5]

¨      Jusqu’à la révolution la Halle paraît affermée dans le cadre d’un bail général du comté de Montrésor.

 

La Halle au XIXe siècle, entre commune et château 

Avec les bouleversements de la révolution, la crise de l’industrie de la laine et un propriétaire de la Halle absent, la commune va s’intéresser à ce bâtiment essentiel à la vie économique du village. Le 30 prairial an 12, le maire sollicite une autorisation pour participer à l’adjudication de la Halle et pour la prendre à ferme.

L’année suivante (an 13) le maire souhaite acquérir la Halle, la commune n’a malheureusement pas les moyens pour se l’offrir ; elle devra se contenter de la location du lieu.

En novembre 1872, la commune loue la halle pour un loyer annuel de 220F. La commune est bénéficiaire puisque l’adjudication du péage de la Halle à Vincent Bellanger propriétaire à Montrésor lui rapporte 275F. L’adjudication de ce péage se fait en 1875 au profit d’Henri Mottré cafetier à Montrésor pour la somme de 270F et Théodore Jamet en 1881 pour 225F.

La commune de Montrésor devient propriétaire de « la construction servant de Halle à la commune de Montrésor»[6], en 1891. Elle est donnée par le comte Branicki en échange d’une portion de chemin communal qui traverse sa propriété. Le bâtiment est alors estimé à 1200 F.

La municipalité va entreprendre en 1896 des travaux d’entretien sur la Halle notamment sur la toiture.Constatant de nouveau le mauvais état de la toiture et les dégâts causés par les eaux de pluie sur les murs la municipalité prescrit en 1913 les réparations nécessaires sur la toiture et fait poser des gouttières. Le coût des travaux s’élève à 388F40 et sont réalisés avec l’argent de la vente du presbytère

 

Un bâtiment à la recherche d’une vocation

L’ancien cabinet des poids et mesures est transformé par la municipalité en local pour accueillir la pompe à bras des pompiers. A l’est un autre local est aménagé pour accueillir le corbillard. Le local du corbillard est agrandi et prolongé jusqu'à la route en 1957 pour accueillir le nouveau véhicule des sapeurs pompiers. Un autre local contigu est construit pour accueillir un second véhicule. La halle devient le centre de secours et sert de lieu de manœuvre les jours de pluie.

Les greniers sont loués à des particuliers (Désiré Siard, Ida Droulin ou le pharmacien M. Baugé)  et servent de locaux pour les associations tel que le Tréteau montrésorien.

La commune doit effectuer des réparations sur la toiture en 1962. En 1976 une réfection complète de la toiture est nécessaire, par soucis d’économie les châssis qui éclairaient chaque grenier sont supprimés. Le conseil municipal décide en janvier 1987, après la construction du nouveau centre de secours, de faire démolir les garages des pompiers (côté est) pour mettre en valeur le bâtiment.

En 2004, l’aménagement du grenier de la Halle ouvre une nouvelle page de l’histoire du lieu qui essaie ainsi de retrouver une place importante dans la vie du village.

Frédéric Gaultier

Sources :

Mickaël Beigneux et Frédéric Gaultier, Montrésor se raconte, 2002.

Brigitte Maillard les campagnes de Touraine au XVIIIe siècle, 1998.

A.D.I.L. : E dépôt 157 F9, 2Ø157-5/9, H609

A.C. Montrésor

Archives du château de Montrésor pour le XVIIIe siècle : première liasse, commune de Montrésor, n°11, pour le XIXe siècle, les actes de ventes de la propriété.

  

 


[1] Cardeux : artisans qui cardaient, c’est à dire qui démêlaient la laine. La halle de Montrésor est parfois nommée Halle aux laines.

[2] Source : A.D.I.L. H609.

[3] Archives du château de Montrésor : première liasse, commune de Montrésor, n°11.

[4] Biard (Céré la Ronde)et Marsin (Genillé) sont deux fiefs qui dépendent du château de Montrésor.

[5] Source archive du château de Montrésor : première liasse, commune de Montrésor, n°17.

[6] Source : archives du château, acte d’échange de la Halle et d’une portion de chemin communal entre le comte Branicki et la commune.